Les préparatifs
L’orientation de ma maison ne me permettant pas un accès dégagé à l’horizon ouest, il m’a fallu faire un peu de repérage préalable aux alentours pour trouver un spot idéal. Environ une semaine avant l’évènement, et après avoir envisagé plusieurs sites, mon choix s’est porté sur un lieu présentant toutes les caractéristiques recherchées :
- Horizon ouest dégagé ;
- Proximité relative de mon domicile ;
- Accès facile en voiture ;
- Stationnement possible à immédiate proximité ;
- Présence d’arbres pour se mettre à l’ombre si besoin ;
- Pelouse pour s’installer (matériel, table de camping, chaises, etc.).
La veille de l’éclipse et à la même heure que celle de l’occultation maximale sur ce site, je m’y suis rendu avec le matériel pour faire les dernières mises au point : emplacement/orientation de l’instrument, pointage, choix des oculaires. J’ai opté pour un setup léger, sans électronique, facilement transportable et utilisable :

- Monture équatoriale Vixen Super Polaris ;
- Maksutov Celestron 127/1500 ;
- Chercheur optique Sky-Watcher 30mm ;
- Oculaires 30mm générique (visuel) et Baader Hyperion 24mm avec support smartphone sur M43 (photo) ;
- Filtre solaire OD 5,6 127mm ;
- Filtre solaire pour chercheur 30mm ;
Cette «répétition générale» m’a permis de régler la collimation du chercheur (celui-ci n’étant habituellement pas utilisé sur cet instrument), de tester les filtres solaires et surtout, d’éviter les surprises le lendemain.
J’ai ainsi pu effectuer la mise au point avec le 30 mm, qui sera parfait en visuel, ainsi qu’avec l’Hyperion 24 mm, qui me permettra d’y adapter un smartphone pour réaliser quelques vidéos et photos.
Le Jour « J »
Nous arrivons sur site aux environs de 19 heures et les craintes quant à la couverture nuageuse se confirment : des nuages à l’horizon bouchent le secteur de 0° à 5° d’élévation, et d’autres nuages épars sont présents ici et là. En fonction des vents, la situation peut potentiellement mener à une éclipse de l’éclipse !
J’installe le matériel à l’endroit qualifié la veille et procède à une orientation vers le nord de la monture, puis à l’équilibrage. Le chercheur optique doté du filtre « maison » réalisé la veille se révèle d’une efficacité redoutable, et permet un alignement du premier coup.
Il ne restera qu’à assurer un suivi manuel via la molette d’ascension droite et à corriger de temps à autre la déclinaison pour compenser respectivement la rotation terrestre et l’erreur résiduelle d’alignement polaire.

À 19h28, le contact est établi et est visible dans l’oculaire ; les observateurs dotés de lunettes «spéciales éclipse» sont assez nombreux à s’être installés à proximité, bien qu’à cet instant précis l’occultation n’est pas vraiment discernable, je note que certains m’ont entendu m’exclamer «ça commence !» et ont interrompu leur discussion pour se concentrer sur l’observation.

L’occultation évolue ensuite doucement, avec quelques nuages qui passent dans le champ de temps à autre. L’inquiétude que la couverture nuageuse évolue jusqu’à couvrir totalement le phénomène est là, mais nous profitons du moment présent.
Je prends quelques clichés à l’oculaire, j’alterne entre la correction d’ascension droite, l’observation aux lunettes, l’observation à l’oculaire et les discussions avec les quelques personnes venues profiter du moment avec moi.
Pour l’observation visuelle à l’oculaire, je place le 30mm en lieu et place du 24mm, plus confortable sur cet instrument pour cette taille de sujet. En effet, autant le 24mm est parfait sur le 150/750 (rapport F/D de 5), autant il ne l’est pas vraiment pour l’observation du croissant solaire sur le 127/1500 (rapport F/D de 11,8).
Je place l’adaptateur pour smartphone sur le 24mm (une fois retiré l’œilleton en silicone, un filetage M43 est exposé, destiné à la photo par projection) et j’y place mon téléphone en mode vidéo.


Vint ensuite le moment tant attendu : À 20h21, l’occultation maximale se produit, et par chance, nous pouvons en profiter pleinement sans nuages – et pourtant ils sont tout autour présents, plus ou moins épais, plus ou moins translucides. Tout autour de nous le paysage baigne dans une lumière étrange, presque irréelle. La magie de l’instant impose un silence parmi les spectateurs autour. À l’oculaire, le fin croissant reste entièrement visible pendant un long moment, comme par miracle, je profite de l’instant autant que je le peux ; Ce n’est qu’une question de temps, cependant, pour qu’une légion de nuage ne le recouvre bientôt.
La bande nuageuse épaisse laisse un temps une pluie de rayons orangés arroser l’horizon sous un puits de lumière onirique, mais déjà les spectateurs aux alentours ont quitté les lieux ; Nous sommes bientôt seuls quand vient le moment de ranger le matériel.
